Volontourisme, tourisme humanitaire et volontariat : tout ce qu’il faut savoir

Ce phénomène n’est pas nouveau mais s’est accentué ces 10 dernières années. La demande pour participer à un projet de volontariat à l’étranger est en pleine expansion. C’est du moins ce que l’on peut observer au regard de l’accroissement du nombre d’agences qui proposent des voyages humanitaires, ou plutôt du tourisme humanitaire, au quatre coins du monde. Contraction de volontariat et tourisme, le volontourisme est une tendance à laquelle le Service Civil International s’oppose fermement.

Aider des orphelins ou sauver des pangolins ?

Nous aspirons tous à donner du sens à notre parcours de vie. Cette quête est d’autant plus importante quand nous sommes plongés dans les études supérieures puisque l’objectif, à terme, est de s’insérer sur le marché du travail. Nous pensons à notre futur emploi, ou au moins à un secteur d’activité, et les actions que nous devons mettre en oeuvre pour y parvenir : comment développer telle compétence ? Comment acquérir telle connaissance ?

Le volontariat apparait donc comme une façon d’atteindre ses objectifs personnels et professionels puisque ces expériences pourront être valorisées sur le curriculum vitae.

Objectif ? Trouver le volontariat de ses rêves. Mais puisque la confusion règne entre les termes volontariat et humanitaire, un des premiers réflexes est de taper sur Google des mots clés comme “projet humanitaire” ou encore “faire de l’humanitaire”. Un nombre incalculable d’organismes en ressort, qui nous proposent de donner de notre temps… mais aussi de notre argent.

Le plus difficile finalement ? Choisir dans le catalogue proposé la destination et le type d’action.

Le tourisme humanitaire : payer pour aider

Nous partons avec les meilleures intentions du monde. Peut-on vraiment être totalement insensible à l’injustice, aux profondes inégalités, à l’exploitation des plus faibles et au dérèglement climatique ?

Ces raisons, qui nous poussent à nous engager dans une cause, sont clairement légitimes. Nous aspirons de fait à construire un monde plus juste, à se sentir utile et avoir un impact positif auprès des plus démunis.

Cependant, mise à part la bonne volonté et la capacité à payer, rien d’autre n’est demandé. Exit la motivation, les diplômes, les compétences ou encore les expériences de bénévolat ou professionnelles antérieures.

Les prix sont très variables. De manière générale, les programmes comprennent l’hébergement, les repas et le transfert de l’aéroport. Ils s’élèvent à 90 euros, 160 euros, voire 1700 euros la semaine. Heureusement que le tarif est dégressif en fonction de la durée du séjour. C’est à la carte : 1950 euros pour deux semaines, 2450 euros le mois, 3450 euros pour deux mois… Mais attention, le billet d’avion n’est jamais compris dans le prix, car “cela varie en fonction du coût des transports aériens et du prix du pétrole !” peut-on lire. Parfois, l’assurance santé n’est même pas incluse non plus.

Un exemple de tarification

La solidarité, un produit de consommation comme un autre

Le coût de la mission est trop important et vous freine ? Pas d’inquiétude, les “moyens de paiement sont flexibles” et des “conseils en financement sont disponibles”. A ce titre, deux options sont proposées :

Certaines organisations vous enverront un guide pour vous aider à collecter des fonds : sponsors, réseau personnel, jobs étudiants…

Pour d’autres, les frais d’inscriptions, bien que fixes, sont considérées comme un “don” et donc déductibles :

“Ce don est déductible des impôts sur le revenu à hauteur de 66%.”

Articles 200 et 238 bis du Code Général des Impôts

La recherche du profit est-elle compatible avec la solidarité ? Détournée en tourisme humanitaire, elle est une opportunité pour faire des affaires au point même que, parfois, les marges sont plus élevées que le tourisme classique.

D’un côté, ce type business model repose sur les bonnes intentions du volontaire. En effet, non seulement il paie pour aider et en plus la main d’oeuvre est gratuite. De l’autre, la pauvreté devient une attraction touristique.

Au final, une fois sur place, on se rend compte que les frais d’inscription sont énormes par rapport au niveau de vie du pays. Mais aussi, qu’on n’est pas si utile.

Vous pouvez tout changer

De nombreuses vidéos sur Youtube présentent très bien l’impact négatif que peut avoir le volontourisme sur les populations locales, comme le reportage d’Envoyé Spécial “Avec les meilleures intentions du monde” ou celui de Vox Pop.

A côté du regard critique que nous pouvons porter à la vente d’images misérabilistes, une autre question, plus profonde, se pose. Pour quelles raisons s’engage-t-on dans un projet de volontariat ?

Est-ce vraiment pour donner de soi-même dans une cause ou est-ce pour découvrir ce dont nous sommes capables ?

Les attentes intrasèques sont difficiles à cerner. A première vue, il est tout à fait louable de s’engager pour ce type d’action et la bonne volonté ne devrait pas être questionnée. Et pourtant, n’y a-t-il pas un travers à vouloir sauver le monde ? D’autant plus si nous aimons secrètement l’idée que gens que nous allons aider vont se souvenir de nous toute leur vie.

Sous cet angle, nous nous transformons en messie, ou white savior en anglais. Et, en conséquence, au lieu de fournir une assistance de qualité auprès de populations vulnérables pour rétablir leur dignité, le volontourisme ne contribue finalement qu’à l’égo du participant, devenu touriste malgré lui. Son CV et son appareil photo seront rempli de selfies pris au milieu d’enfants qui semblent heureux.

De toute évidence, la communication autour des projets humanitaires a très bien appréhendé cet aspect.

Or, quand on s’engage sur un projet de volontariat, on reste pendant une courte période. C’est pourquoi ce n’est pas pour autant que la vie des populations locales va changer. Il faut du temps pour voir l’évolution.

Au fond, on peut en venir à se dire que le volontariat a peut être plus d’impact sur le participant lui-même que sur les populations locales.

Quelles alternatives au volontourisme ?

Mais alors, quoi faire ? En fait, plusieurs critères doivent être passés en revue pour choisir l’organisme d’envoi et le type de projet ou de programme.

Premièrement, le fait de partir avec des dispositifs financés par l’Etat français ou l’Union Européenne comme le Service Civique, le Corps Européen de Solidarité, EU Aid Volunteer ou encore le Volontariat de Solidarité International, pour ne citer qu’eux. D’un côté, l’activité de l’organisation est contrôlée à travers son accréditation, ce qui permet de garantir davantage le sérieux de cette dernière, et, d’un autre côté, le volontaire n’a rien a débourser et perçoit une indemnisation ou une compensation (logement, argent de poche…).

Deuxièmement, quelques questions permettent d’évaluer le sérieux d’un projet de volontariat :

  • y a-t-il une solide formation au départ ?
  • comment se déroule l’accompagnement du volontaire tout au long du projet ?
  • y a-t-il une politique d’évaluation des activités ?
  • des employés ou des volontaires locaux sont-ils présents pour encadrer le projet ?
  • le projet profite-t-il vraiment aux populations locales ?
  • les choses sont-elles faites à la place de la communauté ou avec elle ?

Pour conclure, rien n’est plus important que de remettre en perspective sa propre action, les pratiques des organisations de solidarité internationale, mais aussi le contexte dans lequel s’inscrit un projet. Ce travail est fondamental pour ne pas tomber dans le piège de l’idéalisation et de la naïveté et ainsi s’assurer de la qualité et la pertinence de son futur projet de volontariat.

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